La série, ce nouveau cinéma

De 11 janvier 2018Culture
Cedric Zaroukian Blog - True Detective - Article - série et cinema

Le phénomène n’est pas nouveau et vous l’avez sans doute remarqué. Les séries TV ont bousculé le paysage cinématographique il y a plus de dix ans avec des productions à la fois ambitieuses et novatrices.
Ces nouvelles séries ont pioché leurs inspirations dans le cinéma principalement mais aussi dans la littérature.

Il existe toujours des séries plus classiques, où la narration et les enjeux sont propres à chacun des épisodes: pas de grandes évolutions scénaristiques pour les personnages, à chaque nouvel épisode une nouvelle quête à résoudre.
Ce model était le plus répandu et la série Columbo en est un parfait exemple. L’inspecteur qui roule en Peugeot n’en est pas moins attachant et amusant à suivre bien que peu d’évolutions réelles ne soient proposées. Les épisodes apportent tous le même schéma, à savoir une enquête inédite et sa résolution, ni plus ni moins.

Alors que s’est-il passé dans les années 2000 ? Et bien les codes ont quelque peu changé, et le marché audiovisuel aussi. Les saisons contiennent moins d’épisodes, la qualité artistique est rehaussée et le développement des personnages devient la priorité des scénaristes, il faut « accrocher » le téléspectateur et le « tenir » sur du long terme.
Le développement des personnages s’étale à présent à la série toute entière. Bien-sur chaque épisode contient aussi son lot d’obstacles, de rebondissements et de résolutions mais il y a maintenant une trame de fond, les personnages principaux sont plus nombreux (gangs, familles, équipes…) et ils ont une vie, un but… Ils évoluent et interagissent entre eux. La série Prison Break (2005) utilise ce concept. Le but du héro est simple et fixé dès le départ: Il veut être mis en prison avec son frère condamné à mort, pour l’aider à s’évader.
La conclusion de cette quête demandera 22 épisodes, tous remplis de rebondissements et de personnages hauts en couleur. Le téléspectateur s’attache et peut même avoir la sensation de « vivre » l’histoire avec les héros, ce qui est très efficace pour le captiver et lui donner envie de voir la suite.

Ces nouvelles séries ont eu un grand succès, ce fut un véritable boom. Aujourd’hui elles sont partout, elles ont remplis l’espace médiatique et font la joie des plus gros sites de streaming.
Personnellement je m’y suis mis assez tard, comme si je ne voulais pas accepter le fait que le cinéma, le vrai, celui qui me plaisait, était en train d’agoniser. Ou sont passées les scènes cultes, ou sont passées les grandes musiques à la Morricone, ou sont passés les messages, les réflexions morales, politiques, spirituelles ? Le cinéma des salles obscures n’est plus que du spectacle, du divertissement vide et bruyant. La masse se déplace pour en prendre plein la vue et on ne peut pas la plaindre vu le prix des billets.
Mais alors, il n’y a donc rien d’autres qui les intéresse ? Et bien ces nouvelles séries que je ne voulais pas voir il y a encore 5 ans sont en réalité un joli message d’espoir. Oui, les gens veulent autre chose, ils veulent de la qualité, du sens, de l’intelligence, et c’est justement ce qu’on arrive à y trouver.

Cedric Zaroukian Blog - True Detective - série et cinema

La série True Detective (saison 1) m’a définitivement convaincu que ce nouveau format narratif était le format de notre époque. Une véritable fusion de deux univers, le cinéma et le livre, devenu possible grâce à ce format permettant de développer des personnages et une histoire sur non pas 2 heures de film, mais sur plus de 7 heures. Et là ça change tout: on a le temps. Le temps de suivre deux personnages, de rentrer en profondeur dans leurs vies, leurs névroses et leurs relations. Le temps de montrer la réalité sur une société occidentale en perdition où les familles éclatent et où les hommes se fourvoient… Des dialogues métaphysiques en profitent aussi pour pointer le bout de leur nez. Le tout sur fond d’enquête policière riche et palpitante. D’habitude au cinéma les sujets sont moins nombreux ou moins développés (encore que, les meilleurs scénaristes et metteurs en scène arrivaient à construire des histoires très riches sur des formats de 2 ou 3 heures seulement).
True Detective est une véritable pépite que je vous invite à découvrir. Une oeuvre pleine de qualités, de lucidité et de questionnements existentielles. Dans le monde du livre il y a toujours eu cette amplitude, cette démarche d’élever le lecteur, et si ces séries s’en inspirent avec autant de succès, je ne peux que m’en réjouir.

Aujourd’hui le marché est presque saturé, il y a énormément de productions traitant de sujets très différents et toutes ne peuvent pas être de qualité (quantité et qualité font rarement bon ménage), alors choisissez bien. Ces dernières années j’ai eu la possibilité d’en visionner certaines que j’ai beaucoup apprécié: House of Cards qui nous plonge au cœur de la vie politique américaine, Mr. Robot avec sa révolution numérique et les questions soulevées autour de la dette monétaire et de la sécurité informatique, Stranger Things qui joue sur la fibre nostalgique années 80s tout en offrant une qualité de mise en scène impeccable, Peaky Blinders pour sa direction artistique qui décoiffe et son contexte d’après guerre saisissant, et enfin Sons of Anarchy, pour sa virilité débridée et ses personnages complètement déjantés mais non moins attachants.

Cedric Zaroukian Blog - Sons of Anarchy SAMCRO - série et cinema

Notez que ce format de série où les intrigues sont longues et passionnantes existaient déjà dans les dessins animés japonais des années 70s et 80s. Eux même venus d’un format papier puisque souvent adaptés des mangas. On y retrouve alors de nombreuses similitudes bien que la mise en forme soit totalement différente, avec des héros variés, une grande quête, des évolutions importantes, parfois des réflexions intéressantes, des valeurs etc.

Dernier point important à mes yeux, la propagande d’état et les lobbies communautaires semblent moins présents dans ces nouvelles productions audiovisuelles (ou alors il y en a tellement qu’ils ne peuvent pas être partout !).
J’ai l’impression qu’il y règne une certaine liberté de ton, voir un affranchissement du politiquement correct (les deux sont bien entendu liés). Et on peut le dire: ça fait du bien.
C’est aussi pour ça que la qualité globale (image, écriture etc.) est remontée en flèche, un peu comme si des barrières avaient soudainement éclaté. C’est d’ailleurs bien ce qu’il nous faudrait en France si nous voulons un jour revoir des films et des séries de qualité semblable à nos voisins.

L’espoir fait vivre ! En attendant ailleurs ça bosse, alors profitons-en le temps que ça dure !

Cédric Zaroukian

Auteur Cédric Zaroukian

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